Cartes de chaleur (heatmaps) : comprendre les clics et le défilement

En bref

Sur la page où arrivent vos visiteurs Google Ads, une carte de chaleur montre où ils cliquent, jusqu’où ils descendent et où ils s’attardent. Elle vous indique où regarder, pas pourquoi ni quoi changer. Séparez mobile et ordinateur, puis vérifiez chaque hypothèse par un test ou d’autres mesures avant de modifier la page.

Quand un clic Google Ads mène à votre site, la page de destination doit aider le visiteur à avancer. Pour comprendre ce que les visiteurs y font, la carte de chaleur s’intègre dans une analyse du comportement des visiteurs plus complète. Seule, elle ne suffit pas à décider.

Ce que la carte montre, et ce qu’elle ne prouve pas

Carte de chaleur (heatmap)
Une image posée sur votre page, qui colore chaque zone selon l’activité cumulée des visiteurs. Ce qu’elle mesure dépend de l’outil. Elle montre ce qui se passe, pas pourquoi.

La carte vous indique, au mieux : « il se passe quelque chose ici, allez voir ». Elle ne révèle ni la cause, ni l’interprétation à retenir, ni l’effet d’une correction.

Le piège consiste à la lire comme un verdict. Prenez un bouton sur lequel peu de visiteurs cliquent : la tentation est de le supprimer. Or il peut être inutile, mais aussi mal placé, mal nommé ou peu visible. Il peut enfin compter beaucoup pour une petite partie de vos visiteurs.

Un test, ou le recoupement avec d’autres mesures, permet de trancher entre ces causes. Pour choisir quoi tester d’abord, classez vos hypothèses de test A/B au lieu de tester au hasard.

Quatre cartes, quatre mesures différentes

Selon l’outil, vous trouverez des cartes de clics, de défilement, de mouvement de la souris et d’attention. Elles ne se remplacent pas entre elles, car chacune mesure autre chose et a ses limites.

La carte des clics

Elle montre où les visiteurs cliquent, ou appuient du doigt sur mobile. Elle révèle aussi les clics sur des éléments qui ne réagissent pas, comme une image ou un titre. Le visiteur attendait peut-être une action : c’est un indice de confusion à vérifier.

Des clics répétés au même endroit, que certains outils appellent « rage clicks », peuvent indiquer une frustration sans la prouver. Une zone très colorée peut venir aussi bien d’un bouton qui ne répond pas que d’un vrai intérêt. Avant de conclure, posez-vous ces questions.

La carte de défilement

Elle indique la part des visites qui atteint chaque hauteur de la page. Une baisse entre deux blocs ne prouve pas un abandon à cet endroit. Certains visiteurs ont déjà trouvé leur réponse, d’autres partent pour une raison que la carte ne montre pas. Lisez-la par appareil, par longueur de page et par origine des visiteurs avant de déplacer un bloc.

Les cartes de mouvement et d’attention

La carte de mouvement trace le trajet de la souris sur ordinateur. Elle ne mesure pas le regard et n’existe pas sur écran tactile, donc elle ne sert que de contexte. La carte d’attention, chez Microsoft Clarity par exemple, compte le temps passé sur chaque partie de la page. Elle aide à comparer les blocs entre eux, mais ce temps ne prouve ni la lecture ni la compréhension.

Un bloc n’est donc pas forcément ignoré parce que la souris passe ailleurs. Pour trancher, je croise l’appareil, les clics et le défilement, puis j’ouvre quelques enregistrements de session, qui rejouent comme une vidéo le parcours d’un visiteur.

Et le suivi du regard ?

Le suivi du regard demande un autre outil. Un oculomètre, un appareil dédié, mesure la direction du regard lors d’une étude contrôlée. Le suivi par webcam donne une estimation, pas forcément aussi précise. Dans les deux cas, la qualité dépend du matériel, de son réglage et des conditions de l’étude.

Pour beaucoup de questions, les clics, le défilement et quelques enregistrements suffisent à classer les hypothèses. Réservez le suivi du regard aux questions qui portent vraiment sur ce que les yeux fixent.

Ce qu’il faut vérifier avant d’installer l’outil

Commencez par l’accord des visiteurs. En France, les traceurs qui ne sont pas strictement nécessaires au site exigent un consentement préalable. Le libellé « mesure d’audience » ne suffit pas pour s’en passer. La dispense ne vaut que si le réglage de l’outil respecte toutes les conditions de la CNIL. Son guide de réglage de Matomo sans consentement demande d’ailleurs de désactiver les cartes de chaleur et les enregistrements de session.

Avant la collecte, consignez sa finalité, les données à masquer, les durées de conservation et les éventuels transferts.

Vient ensuite la vitesse de la page. Un script chargé sans bloquer l’affichage peut encore solliciter le réseau et le processeur. Il s’ajoute aux autres balises de mesure du site. L’effet sur la vitesse d’affichage et la réactivité dépend de l’outil, de ses réglages et des appareils. Ne le supposez ni négligeable ni grave : mesurez-le.

Sur quelles pages l’installer en premier

N’installez pas la carte sur tout le site. Sur une page peu visitée, les zones colorées ne décrivent pas encore une tendance. Quelques visites peuvent toutefois révéler un bouton cassé.

Trois critères pour choisir

Le volume d’abord : la page doit recevoir assez de visites pour que les zones colorées restent stables. L’enjeu ensuite : un article très lu peut montrer des clics sans aucun effet sur vos ventes. Donnez la priorité aux pages où un blocage vous coûte des demandes. La stabilité enfin : si la page change pendant la collecte, la carte mélange deux versions.

Dans quel ordre avancer

Commencez par les pages qui vendent, comme les pages de destination de vos campagnes et vos pages de tarifs. Examinez ensuite les formulaires : la carte montre des interactions, sans prouver qu’un champ a été rempli. L’analyse d’entonnoir du formulaire situe alors l’étape où les visiteurs décrochent, sans en donner la cause. Terminez par les pages que les visiteurs quittent le plus, repérées dans Google Analytics.

Combien de temps collecter avant de lire

La bonne durée varie d’un site à l’autre. Un pic court décrit une situation particulière, qui ne représente pas forcément votre activité habituelle. Couvrez donc au moins un cycle habituel de votre activité, sans mélanger des périodes commerciales qui ne se comparent pas.

Pendant la collecte, notez les changements de campagne, de trafic et de contenu. Isolez les données de chaque version après une modification importante, pour éviter de les superposer.

Séparez les visiteurs avant de lire la carte

Une carte additionne tous les visiteurs. Elle mélange les nouveaux et les habitués, le mobile et l’ordinateur, ceux qui cherchaient votre nom et ceux qui ne vous connaissaient pas. Or ces groupes peuvent se comporter à l’opposé. Une zone moyennement active peut alors être très active pour un groupe et délaissée par l’autre.

Séparez d’abord le mobile et l’ordinateur, puis les versions de la page. Quand le volume le permet, séparez aussi les origines de visiteurs dont l’intention diffère. Certains outils produisent une carte avec très peu de visites : attendez que ses zones restent stables avant d’en tirer une tendance.

Sur mobile, lisez la carte à part

Sur mobile, la taille de l’écran et les gestes changent, et la partie visible sans défiler varie selon le système et le navigateur. Une carte qui mélange mobile et ordinateur ne correspond donc à aucun écran réel. Sans souris, il n’y a pas de trajet à suivre : vérifiez ce que votre outil affiche à la place avant de le lire.

L’appui du doigt remplace le clic. Mais un bouton trop petit ou des liens trop serrés provoquent des appuis ratés, à ne pas confondre avec de l’incompréhension. Le défilement mobile n’est pas forcément plus profond ni plus rapide, car il dépend de la longueur de la page, de l’écran et de l’origine des visiteurs. Comparez les données au lieu d’appliquer une règle toute faite.

Installer une carte de chaleur puis tester les corrections

  1. Choisissez une page qui a du volume, un enjeu commercial et une version stable.
  2. La collecte couvre un cycle normal d’activité, et chaque changement de page, de campagne ou de trafic y est noté.
  3. Mobile et ordinateur sont séparés, puis les versions de la page, avant toute lecture.
  4. Écrivez une hypothèse précise. « Peu de visites mobiles atteignent le champ X » décrit la carte, alors que « le champ X fait fuir » affirme une cause non prouvée.
  5. Recoupez avec l’analyse d’entonnoir, quelques enregistrements ou une courte question posée aux visiteurs qui partent.
  6. Un test A/B mesure l’effet de la modification quand le volume le permet. Tenez compte des saisons et des événements extérieurs dans la lecture du résultat.
Sources officielles

Questions fréquentes

Quelle différence entre une carte de chaleur et un enregistrement de session ?
La carte additionne ce qu’ont fait de nombreux visiteurs sur une page. L’enregistrement rejoue le parcours visible d’un seul visiteur. Il apporte du contexte, mais il ne révèle pas à lui seul son intention ni la raison de son comportement.
Une carte de chaleur peut-elle remplacer un test A/B ?
Non. Elle suggère une hypothèse, et un test bien construit mesure ensuite l’effet de la modification. Modifier la page sur la seule foi de la carte revient à confondre ce que l’on observe et ce qui le cause.
Combien de visites faut-il pour qu’une carte soit fiable ?
Le seuil varie d’une page à l’autre. Cherchez des zones qui restent stables sur un échantillon représentatif de l’appareil, de l’origine des visiteurs et de la période. Notez ensuite le nombre de visites réellement observé, pour savoir sur quoi repose votre lecture.
Peut-on utiliser une carte de chaleur pendant un test A/B ?
Oui, à condition que chaque visite soit rattachée à sa version de la page. Une carte qui mélange les deux versions devient difficile à lire : séparez-les, ou attendez la fin du test.
Vincent Duquesne, consultant Google Ads
Vincent Duquesne
Expert Google Ads Certifié depuis 2011 : j’ai audité et restructuré des centaines de comptes dans des dizaines de thématiques différentes. +20M€ gérés.
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